Peindre en glacis : histoire et méthode
Peindre en glacis, c’est entrer dans un univers fascinant de couches transparentes superposées qui donnent aux œuvres une profondeur lumineuse et une richesse chromatique incomparables.
Cette technique ancestrale, longtemps associée à la peinture à l’huile, s’adapte aujourd’hui à l’acrylique, à la gouache et même à d’autres médiums.
Dans cet article, nous allons explorer l’histoire du glacis, son fonctionnement optique, les méthodes de mise en œuvre selon les techniques picturales, ainsi que les nombreuses possibilités créatives qu’il offre.
- Qu’est-ce que le glacis en peinture ?
- Histoire du glacis à travers les siècles
- Le principe optique du glacis
- Pourquoi utiliser des glacis ?
- Peindre en glacis à l’huile
- Peindre en glacis à l’acrylique
- Peindre en glacis à la gouache ou tempera
- Exemples et inspirations
- Questions fréquentes sur le glacis
- Conclusion : le glacis, une poésie de la lumière
Qu’est-ce qu’un glacis en peinture ?
Le glacis est une couche fine et transparente de peinture appliquée sur une surface déjà peinte et sèche.
Elle agit comme un filtre optique : la lumière traverse la couche colorée, se réfléchit sur les couches inférieures et revient à l’œil en produisant une impression de profondeur et de lumière intérieure.
À ne pas confondre avec un produit : le glacis n’est pas un médium, mais une technique. Il est souvent confondu avec le « médium à glacis », qui est simplement un outil facilitant son application.
Traditionnellement un glacis est donc parfaitement lisse et homogène, il ne laisse aucune trace de pinceau, et permet à la lumière de circuler librement.
Si la peinture est trop épaisse ou si le support est trop absorbant, l’effet est altéré.

Histoire du glacis à travers les siècles
La technique du glacis, telle que nous la connaissons aujourd’hui, remonte à la Renaissance, avec les primitifs flamands, puis les peintres vénitiens comme Titien.
Elle permettait de sublimer les carnations, les drapés ou les ciels, par des effets de translucidité et de vibration.
Son origine est toutefois liée à un contexte technologique et philosophique plus ancien.
La technique du glacis en résonnance avec son époque
Les pigments « vifs » sont chers.
Le Lapis lazuli par exemple, qui sert à fabriquer le bleu outremer est importé d’Afghanistan.
Les artistes résolvaient donc leurs peintures avec des pigments peu onéreux et les coloraient ensuite avec des pigments plus précieux.
L’artiste n’a pas encore « le droit » de s’exprimer gestuellement dans ses oeuvres. (Disons que ça ne fait pas encore partie des missions de l’artistes)
Les couches transparentes lui permettent d’invisibiliser son geste.
La tradition médiévale rejette catégoriquement le « mélange » vu comme infernal par le lévitique.
Il est absolument transgressif de mélanger les pigments.
On peut les juxtaposer et les superposer mais en aucun cas les mélanger.
La palette arrive d’ailleurs tardivement dans les outils du peintre.
Les artistes superposaient donc plusieurs couleurs pour obtenir un ton plutôt que de fabriquer ce ton sur leur palette.
L’arrivée de la peinture à l’huile permet de superposer de plus en plus de couches. Là où les artistes du moyen âge se contentaient de colorer avec une seule couche pigmentée, les artistes de la renaissance peuvent désormais créer des milliers de tons par superposition.
Utilisation du glacis au cours de l’histoire de l’art.
Des artistes tels que Léonard de Vinci ont poussé le glacis à un degré de raffinement exceptionnel, notamment à travers la technique du sfumato.
Dans la Joconde, par exemple, plusieurs dizaines de couches sont superposées pour créer une atmosphère douce et mystérieuse.
Plus tard, Rembrandt ou La Tour l’utiliseront dans leurs jeux d’ombre et de lumière.
Au XIXe siècle, le glacis est en partie délaissé avec l’essor de la peinture alla prima (notamment chez les impressionnistes), mais son usage reste central dans la peinture académique et chez les néo-classiques.
Aujourd’hui, de nombreux artistes contemporains reviennent au glacis pour enrichir la texture visuelle de leurs œuvres, qu’ils peignent de manière réaliste ou abstraite.

Le principe optique du glacis
Le glacis repose sur un principe simple : plutôt que de mélanger les couleurs sur la palette, on les superpose sur la toile en couches transparentes. Ce procédé permet de créer des mélanges optiques plus vibrants et profonds que les mélanges physiques.
Un exemple classique : un glacis de carmin sur un bleu de cobalt (opaque) donnera un violet lumineux et intense, bien plus subtil que si les deux pigments étaient mélangés directement.
Ce phénomène est lié à la loi de Beer-Lambert : la lumière traverse la couche transparente, est modifiée en fonction de l’épaisseur et de la nature du pigment, puis est réfléchie par la couche inférieure.
Résultat : une couleur vibrante, changeante selon l’angle de vue et la lumière ambiante.

Pourquoi peindre en glacis ?
Le glacis permet :
D’intensifier les couleurs sans empâtement => On peut par exemple intensifier le rosé d’une joue en transparence sur une peau beige.
De créer une ambiance lumineuse ou une atmosphère => on peut créer une brume transparente sur un paysage
D’unifier ou réchauffer une œuvre (glacis général) => si une chair est par exemple trop « blanche » on pourra la réchauffer d’une glacis abricot sans avoir à tout reprendre en détail.
D’ajouter ombres, flous ou transitions douces (glacis local) => un glacis permet de créer des transitions dégradées entre deux zones
De faire émerger la lumière de l’intérieur de la toile => on s’appuiera par exemple sur la couleur du fond de toile (la primature) comme lumière.
C’est aussi une technique de patience et de subtilité, qui favorise l’observation fine et l’ajustement progressif.
Elle est idéale pour :
Créer des effets de peau translucide en portrait ;
Simuler des reflets aquatiques ou des ciels profonds ;
Ajouter une atmosphère mystérieuse ou rêveuse à une scène abstraite.

Peindre en glacis à l’huile
Le matériel nécessaire
Peinture à l’huile de pigment transparent (vérifier sur le tube : carré vide ou mention « T ») ;
Médium à glacis (base résine, huile de lin, standolie, etc.) ;
Diluant : térébenthine ou white spirit ;
Pinceaux doux, propres et souples.
Mise en œuvre
Préparez une sous-couche sèche (grisaille ou base colorée).
Mélangez une petite quantité de pigment à votre médium + diluant.
Appliquez une fine couche uniforme avec des gestes légers et tirez la peinture.
Laissez sécher complètement avant de superposer un autre glacis.
💡 Astuce : Testez votre glacis sur une zone à part pour ajuster la viscosité. Trop fluide ? Il coule. Trop épais ? Il masque la couche du dessous.
Pour quels effets ?
Modulation de lumière ;
Rendu de matière (chair, tissus, reflets) ;
Portraits en grisaille + glacis, pour une richesse chromatique sans perdre les volumes.
Un glacis peut être local (sur une zone spécifique) ou général (appliqué sur toute la toile pour unifier l’atmosphère).
C’est aussi une excellente méthode pour travailler les ombres colorées, comme dans les portraits classiques.

Peindre en glacis à l’acrylique
Une technique moderne et rapide
L’acrylique sèche vite, ce qui permet d’enchaîner les couches rapidement, mais demande rigueur et adaptation.
Le matériel
Couleurs transparentes (jaune indien, magenta, or de quinacridone…) ;
Médium acrylique transparent (gloss, mat, gel fluide…) ;
Pinceaux doux ou spatules en silicone ;
Un support préparé (toile, bois, papier acrylique).
Étapes clés
Appliquer une base opaque sèche (ex. : grisaille, paysage, abstrait).
Mélanger peinture + médium (pas trop d’eau !).
Appliquer en fines couches.
Laisser sécher. Répéter.
🎨 Un glacis très subtil : 10 % de peinture pour 90 % de médium.
Astuces
Ne travaillez pas sur couche humide (risque de dilution).
Évitez le blanc opaque pour vos premiers glacis (il « casse » la transparence).
Jouez avec les couleurs complémentaires pour enrichir la palette.

Peindre en glacis à la gouache (ou tempera moderne)
Moins connue, la gouache peut aussi être utilisée en glacis, à condition de bien gérer la dilution et la transparence.
Précautions
Utiliser peu d’eau pour éviter les auréoles.
Travailler sur une base bien sèche et peu absorbante.
Préférer les pigments semi-transparents.
Réserver cette méthode à des glacis locaux ou très subtils, car la gouache est mate et absorbe la lumière (moins de brillance qu’à l’huile ou l’acrylique).
- Si votre sous-couche est réalisée à la gouache il faudra être particulièrement léger à l’application du glacis pour ne pas la réactiver
La première technique à apprendre
Chez un autre atelier, nous distillons un enseignement progressif en encourageant nos élèves à pratiquer le dessin puis la gouache avant de se familiariser avec la peinture à l’huile.
L’artiste fait ses armes par le dessin ( construction, proportions, valeurs, geste) puis par la couleur et le maniement du pinceau avant de devoir gérer des temps de séchage complexes.

Exemples et inspirations
Portraits en glacis : construits sur une grisaille ou une verdaille, puis rehaussés de couches transparentes rouges, jaunes, roses…
Paysages atmosphériques : un glacis bleuté pour suggérer la brume ou la distance.
Art abstrait : superposition de formes floues, jeux de transparence, effets de lumière en profondeur.
Nature morte ou fleurs : pour capturer la fragilité, le soyeux, la translucidité.
FAQ – Questions fréquentes sur le glacis
Quelle est la différence entre un glacis et une vélature ?
Un glacis est une couche transparente lisse et brillante, qui laisse transparaître nettement la couche inférieure. Une vélature, en revanche, est souvent plus mate, parfois laiteuse, et sert plutôt à voiler légèrement ce qui est dessous. Elle peut contenir des pigments plus opaques dilués.
Peut-on faire un glacis avec n’importe quelle peinture ?
Non. Il faut que la peinture utilisée soit naturellement transparente ou diluée à un degré qui conserve la transparence.
Le blanc opaque ou les couleurs très couvrantes sont à éviter dans les premiers essais.
Quel médium utiliser pour un glacis réussi ?
Cela dépend du type de peinture utilisé :
À l’huile : médium à glacis (huile + résine) ou standolie + térébenthine.
À l’acrylique : médiums transparents (gloss, fluides ou gels).
À la gouache : peu d’eau, ou médiums spécifiques si disponibles.
Combien de couches de glacis peut-on superposer ?
Autant que nécessaire, à condition de laisser sécher entre chaque couche. Certains maîtres anciens ont utilisé jusqu’à 20-30 couches sur une même zone !
Quels pinceaux choisir pour les glacis ?
Des pinceaux doux, souples, propres, idéalement synthétiques.
Le pinceau ne doit pas laisser de trace.
On peut aussi utiliser des spatules en silicone pour un effet ultra-lisse.
Conclusion : Le glacis, une poésie de la lumière
Peindre en glacis, c’est dialoguer avec la lumière.
C’est entrer dans un travail d’anticipation, accepter la lenteur, l’accumulation subtile, les effets différés.
Qu’il s’agisse de sublimer une toile classique à l’huile, de faire vibrer une œuvre abstraite à l’acrylique, ou de peindre des ombres colorées à la gouache, le glacis offre une infinité de nuances.
Loin d’être une technique figée, c’est un langage pictural vivant, transmis par les maîtres anciens et toujours réinventé par les artistes d’aujourd’hui.
✨ À vous d’explorer cette technique : testez, observez, superposez. Le glacis est un chemin vers plus de sensibilité et de lumière dans votre peinture.
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