Le fusain sans maître : apprendre à dessiner le paysage au XIXe siècle

Dans Le fusain sans maître, publié à la fin du XIXe siècle, Karl Robert s’adresse aux amateurs de dessin désireux de progresser sans professeur. Ce manuel repose sur une conviction simple et directe :

« Ce petit livre est fait pour ceux qui veulent apprendre seuls. »

Le fusain y est présenté comme le médium idéal pour apprendre à observer et à rendre la lumière, notamment dans l’étude du paysage. Le livre s’organise en plusieurs parties : un avant-propos, cinq chapitres théoriques et pratiques, puis une série de leçons illustrées sous forme de planches de paysages.

Un manuel pour les autodidactes

Dans la préface, Karl Robert expose le fondement de sa démarche. Il parle au lecteur comme à un élève potentiel, mais surtout comme à un pair en devenir.

Il insiste sur deux principes fondamentaux :

  1. On peut apprendre à dessiner seul, à condition d’être régulier et d’apprendre à voir ;

  2. Le fusain est l’outil idéal pour cela, car il est à la fois souple, rapide, expressif, et accessible financièrement.

fusain dessin

Où se procurer Le fusain sans maître

Vous pouvez feuilleter et télécharger gratuitement ce manuel sur Internet archives . ou bien sur gallica 

Vous pouvez également acquérir une réedition ici . Le présent ouvrage s’inscrit dans une politique de conservation patrimoniale des ouvrages de la littérature Française mise en place avec la BNF.
HACHETTE LIVRE et la BNF proposent ainsi un catalogue de titres indisponibles, la BNF ayant numérisé ces oeuvres et HACHETTE LIVRE les imprimant à la demande.

Qui est l’auteur Karl Robert ?

Peu connu aujourd’hui, Georges Meusnier alias Karl-Robert était un dessinateur, illustrateur et pédagogue actif à la fin du XIXe siècle.
Il fit partie de cette génération d’artistes convaincus que l’art pouvait — et devait — être accessible à tous, et que la technique devait servir la sensibilité.

Georges Meusnier  est né à Paris le 12 mars 1848. Il était peintre (élève d’Auguste Allongé), aquarelliste et auteur d’ouvrages sur les différentes techniques artistiques.

Il a publié sous le patronyme de Karl-Robert. Il était également professeur de dessin, et éditeur 27 rue Saint Augustin.

Dans ses écrits, il adopte un ton bienveillant mais exigeant, soucieux de guider le lecteur pas à pas, sans aucune condescendance. 
Son objectif : libérer l’expression artistique en s’appuyant sur la rigueur de l’observation et la clarté des moyens.

Karl Robert écrit pour les passionnés, les curieux, ceux qui, loin des académies, désirent apprendre à leur rythme.
Le fusain sans maître s’inscrit dans cette dynamique démocratique et sensible de l’apprentissage.

Avant propos

Dans l’introduction, Karl Robert insiste sur la simplicité des moyens nécessaires et sur la vocation autodidacte de l’ouvrage :

« Le dessin au fusain est assurément le plus commode et le plus agréable pour les artistes, et surtout pour les amateurs. »

L’auteur présente le fusain comme un médium à la fois libre et accessible, capable de traduire rapidement les impressions visuelles :

« Tout en n’exigeant pas de longues études, il permet à chacun d’arriver à un résultat prompt et satisfaisant. »

Il affirme aussi que ce manuel n’est pas réservé aux professionnels, mais bien conçu pour tous ceux qui veulent apprendre par eux-mêmes, en particulier en travaillant d’après nature.

📜 Chapitre I — Origine du fusain

Au long du premier chapitre, Karl Robert retrace brièvement l’histoire du fusain comme médium artistique. Il commence par rappeler son usage ancien, notamment à l’époque de Pompéi, et évoque son perfectionnement au fil du temps. Le fusain tel qu’il est pratiqué à son époque n’est plus seulement un outil d’esquisse, mais un moyen expressif complet :

« Ce crayon nouveau, tendre et souple, donnait à l’œuvre un plus grand relief, un plus grand caractère que ceux employés jusqu’à alors. »

L’artiste rend hommage à des artistes comme Adolphe Yvon, qui ont contribué à faire du fusain une technique artistique à part entière. Ce chapitre se termine par une annonce du sujet principal du livre :

« Il excelle surtout dans le paysage, ainsi que nous allons essayer de le démontrer. »

=> Chez un autre atelier nous partageons cet avis : le fusain est un excellent outil pour apprendre le dessin.
Particulièrement tolérant à l’erreur il permet aussi à l’élève d’approcher les « Masses » et de quitter le contour. Notre chapitre sur les valeurs commence d’ailleurs par le fusain. 

Il souligne également que le fusain permet des résultats rapides, sans nécessiter de longs apprentissages :

« tout en n’exigeant pas de longues études, il permet à chacun d’arriver à un résultat prompt et satisfaisant »
(Avant-propos)

🧰 Chapitre II — Du matériel de l’atelier

Karl Robert consacre ce chapitre à une présentation très concrète et détaillée du matériel nécessaire à la pratique du dessin au fusain. Il insiste sur la nécessité d’avoir de bons outils, sans excès, mais bien choisis :

« Il est incontestable qu’en avoir [des outils] de bons simplifie le travail, le rend plus agréable et vous amène à un résultat plus satisfaisant. »

🪑 Le chevalet

Le chevalet mécanique dit Bonhomme est recommandé. plus stable que les chevalets à trois pieds :

« Les chevalets à trois pieds […] ne soutiendront pas assez le châssis si l’on travaille sur un dessin dépassant la tablette dite portoir. »

📏 Le châssis et la planchette

Il suggère d’utiliser un châssis tendu ou une planchette solidement fixée.

🖊️ Les fusains

L’auteur insiste sur l’importance de varier les duretés pour moduler les valeurs :

« Il faut des fusains tendres, moyens, durs, pour obtenir les tons variés. »

📄 Le papier

Mr Robert met en garde contre les extrêmes :

« Les papiers trop lisses ne retiennent pas le fusain ; les papiers trop rugueux en prennent trop. »

Il recommande donc un papier vergé ou à grain fin.

🧽 La gomme mie de pain

Instrument essentiel pour la correction ou les rehauts :

« Elle sert à effacer légèrement une tache, à éclaircir une partie trop noire, ou à faire reparaître une lumière. »

🧴 Le fixatif

Concernant le fixatif, Karl Robert insiste sur la prudence à adopter car ce dernier fonce les tons :

« Le fixatif fonce le dessin d’une manière assez sensible. »

Et il avertit :

« Pour peu que le ton général soit déjà vigoureux, il se confond en noir après la fixation. »

🎒 Le matériel de campagne

Enfin, il recommande une trousse légère pour l’extérieur :

« Pour l’étude en plein air, vous aurez soin d’emporter un album, un fusain bien taillé, une gomme, un chiffon. »

Ce chapitre donne donc à l’élève une base solide pour organiser son espace de travail, que ce soit en atelier ou en plein air.

📚 Chapitre III — L’étude d’après les maîtres et le choix des modèles

Karl Robert déconseille à l’élève de commencer directement par le dessin d’après nature. Il insiste sur la nécessité de se former d’abord par la copie de modèles bien choisis :

« Procéder tout d’abord d’après nature n’est point une bonne méthode. »

Il rappelle que son livre s’adresse aux amateurs, et non aux artistes confirmés :

« Ce traité est uniquement écrit pour être utile aux amateurs et n’a point la prétention d’intéresser les artistes. »

👁️ Pourquoi copier des images ?

L’auteur justifie cette méthode progressive par l’apprentissage des masses et des effets, et non des détails :

« Peu à peu on arrive, par la connaissance raisonnée des moyens employés dans l’art du dessin au fusain, à être beaucoup moins embarrassé d’après nature. »

🖼️ Quels modèles choisir ?

Il met en garde contre les planches lithographiées de mauvaise qualité :

« Ces paysages, adroitement esquissés, mais ayant le blanc du papier pour ciel […] retrouvent ce papier et sa couleur pour exprimer le brillant du chemin, le vert de la feuille au soleil, comme le ton sourd du tronc de l’arbre. »

A la place, les exercices à la mine de plomb sont recommandés :

« Ils lui feront la main et le rendront par la suite plus habile lorsqu’il voudra traiter le fusain avec finesse. »

Et évoque la méthode Cassagne, utile pour les formes géométriques mais moins adaptée aux arbres :

« Cette méthode, excellente pour les fabriques, nous paraît défectueuse lorsqu’on arrive aux arbres. »

Son conseil central reste le suivant :

« Il faut autant que possible s’habituer à traiter les arbres par les masses et l’effet, et non par le détail du feuillé. »

✍️ Chapitre IV — Leçons écrites

Ce chapitre marque le passage à la pratique. Karl Robert y propose une série de leçons guidées, avec des instructions détaillées pour reproduire ou interpréter des paysages. L’objectif est d’apprendre à construire un dessin au fusain par étapes : masses, lumières, accents, corrections.

📍 Première leçon — Souvenir d’Auvers

L’auteur commence par un paysage simple, destiné à initier l’élève à la pose du ciel, à l’utilisation du fusain écrasé ou de la sauce de fusain.

« Le premier dessin que nous vous soumettons, Souvenir d’Auvers, est simple d’exécution ; aussi l’avons-nous choisi comme première leçon. »

Il explique comment déposer un fond léger, en frottant le fusain réduit en poudre :

« Ce ton de ciel est très clair. Écrasez votre fusain […] pour que le chiffon, enlevant plus de fusain en bas, vous laisse en haut un ton plus vigoureux, ce qui fera fuir votre ciel et lui donnera la perspective voulue. »

Puis il décrit une autre méthode au chiffon :

« Cela fait, on tamponne légèrement en tournant de gauche à droite pour égaliser le ton et le rendre bien uni ; de cette façon, le haut et le bas seront plus vigoureux que le centre, c’est ce qu’il faut pour que le ciel fuie bien. »

Karl Robert met aussi en garde contre l’utilisation d’une poudre trop fine :

« Il faut éviter une poudre complètement impalpable [de fusain] qui boucherait le ton et retirerait toute transparence au ciel. »

« Avec la mie de pain, vous effacez tout ce qui dépasse. »

📘 Les leçons suivantes

Les autres leçons portent sur :

  • des effets de ciel et de lumière,

  • des éléments rustiques (porte normande, barrière),

  • le feuillage, les détails d’arbre,

  • des paysages enneigés,

  • la composition par plans successifs.

Chacune propose une étape de complexité croissante, tout en rappelant les principes fondamentaux du fusain : simplification des masses, progression du clair vers le sombre, équilibre du ton général.

Karl Robert ne donne pas une méthode mécanique, mais propose à chaque fois une lecture visuelle du motif, accompagnée de gestes précis.

🌿 Chapitre V — La nature : leçons générales ou manière de traiter tous les sujets

Dans ce dernier grand chapitre, Karl Robert propose des principes pratiques pour dessiner tous types de paysages, en tenant compte des régions, des effets de lumière, des saisons, et des matières. Il s’agit d’un chapitre d’ouverture qui invite à s’aventurer dans la diversité du réel, armé d’une méthode solide et souple.

Dès l’introduction, il souligne les limites de toute leçon figée :

« Il n’est pas de paysage, quelque complet qu’il soit, qui embrasse à lui seul tout ce que la nature peut présenter. »

Et il précise l’objectif du chapitre :

« Nous tâcherons néanmoins, dans ce chapitre, de guider l’amateur et de lui donner le plus de renseignements possible, afin que, selon les pays qu’il parcourt, il ne soit point embarrassé pour remplir son album de souvenirs. »

☁️ Représenter le ciel

Karl Robert propose différentes techniques pour représenter des ciels selon l’heure ou la saison.

  • Pour un ciel d’été :

« Traitez-le simplement et avec l’aide du chiffon. »

  • Quand au ciel d’hiver :

« Au pouce ou avec la paume de la main, ce qui lui laisse la vigueur qu’il doit avoir. »

L’auteur cite un passage d’Armand Charnay pour encourager une observation fine des variations atmosphériques :

« Le ciel le plus pur n’est jamais uniforme ; si on le regarde fixement, on distingue des myriades de taches d’un bleu plus foncé, qui ont l’air de se mouvoir. C’est cette résonance, cette vibration de la lumière que l’on doit chercher à rendre. »

Enfin, il propose une méthode pratique pour cet effet de vibration :

« Un léger frottis de coton, sur lequel on revient en le criblant de points lumineux avec la mie de pain, rend assez bien l’effet. »

Mais il reconnaît que cette méthode demande de l’habitude, et note que les artistes préfèrent souvent les ciels nuageux :

« On choisit le plus souvent des ciels nuageux qui exigent beaucoup moins de peine et de travail. »

💧 Les eaux

L’auteur aborde ensuite la représentation de l’eau dans ses différents états :

« L’eau se présente sous des aspects très variés. Dormante, comme en un lac, une mare, etc., elle reflète toujours les objets qui la bordent ou qui en sont proches. »

🌳 Les sous-bois et la lumière diffuse

Une section est consacrée aux croquis rapides réalisés sous les arbres, où la lumière est douce et le contraste plus subtil. Il y définit ce qu’il entend par croquis au fusain :

« Le croquis au fusain ne doit rendre que l’effet. Il ne s’emploie donc que lorsqu’on veut représenter un effet passager, ou que le temps presse. »

Il évoque la méthode utilisée dans la planche Coup de soleil sous bois :

« Le fond est un frottis écrasé au pouce, les terrains sont écrasés à l’estompe, puis […] l’artiste a obtenu son effet de soleil à la mie de pain. »

Il prévient que ce type de paysage est complexe à aborder, notamment en pleine journée :

« Le sous bois est une des grandes difficultés du paysagiste, surtout vers le milieu de la journée, à l’heure où l’effet se dessine peu. »

Et il conclut par une recommandation très concrète :

« Il faut, en général, lorsque vous voulez rendre un sous bois, teinter fortement le papier, de manière à obtenir le ton local le plus juste possible. »

🏁 Conclusion — Du croquis aux applications décoratives

Dans les dernières pages de l’ouvrage, Karl Robert élargit le champ de la pratique du fusain : après l’étude méthodique et les leçons progressives, il invite le lecteur à explorer le croquis rapide et les usages décoratifs de cette technique.


✍️ Le croquis comme mémoire visuelle

Le professeur recommande à l’élève d’ajouter à sa pratique des croquis rapides, pour saisir des impressions fugitives :

« Nous croyons qu’il sera réellement utile, après avoir fait de sérieuses études d’après nature, de faire un certain nombre de ces croquis rapidement enlevés, qui permettent de garder un grand nombre d’impressions et de souvenirs d’après nature. »


🎨 Applications décoratives

Karl Robert conclut en évoquant les usages décoratifs possibles du fusain : panneaux, soieries, éventails… Il valorise ces objets comme précieux souvenirs personnels, et donne des conseils concrets pour travailler sur des supports délicats comme la soie.

« Le caractère essentiellement décoratif du dessin au fusain permet de l’appliquer aux différents travaux d’amateurs […] un souvenir d’autant plus précieux pour celui qui le reçoit qu’il est tout personnel. »

À propos du fixatif sur soie, il ajoute une recommandation technique :

« Si donc vous observez bien cette recommandation, l’alcool de votre fixatif […] s’évapore immédiatement, et votre fixation ne risque pas de compromettre le travail. »

L’ouvrage se clôt sur une phrase simple et chaleureuse :

« Ces travaux d’amateurs constituent un des grands charmes de la vie. »


L’ensemble du manuel forme ainsi une pédagogie du regard, structurée et progressive, mais aussi ouverte sur la sensibilité et l’autonomie. Il reste aujourd’hui un témoignage rare et précieux de l’enseignement artistique à destination des autodidactes au XIXe siècle.

NB : cet article a été rédigé et illustré par un autre atelier. Mais ce manuel a été déniché par Réjane, membre d’un autre atelier et blogeuse. 

Si vous vous intéressez au fusain et au paysage, sachez que nous abordons ces sujets dans notre formation sur les bases du dessin.

Il n’est pas facile d’apprendre à dessiner « sans maître » c’est à dire seul avec un livre. 
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