Peut-on vraiment apprendre à créer des paysages d’imagination, sans copier la nature ni reproduire les œuvres d’autres artistes ?
Au XVIIIe siècle, un peintre de paysage innovant a répondu par l’affirmative, en inventant une méthode simple et puissante : la macule ou Blotting en anglais.
Découvrons les fondements de cette méthode originale, ses bénéfices, et pourquoi elle pourrait bien, encore aujourd’hui, enrichir votre pratique artistique !
Alexander Cozens – Nouvelle méthode pour assister l’invention dans le dessin de compositions originales de paysages
Ce traité du XVIIIe siècle offre une méthode unique pour composer des paysages originaux.
Plutôt que copier la nature ou imiter les maîtres anciens, Alexander Cozens invite les artistes à créer par eux-mêmes, grâce à un procédé simple mais puissant : la macule.
Dans cet article, explorons la vie de Cozens, les origines de son manuel, les conseils qu’il y livre, et pourquoi cette approche reste pertinente pour les artistes d’aujourd’hui.
Qui était Alexander Cozens ?
Un artiste entre Russie, Italie et Angleterre
Né en Russie vers 1717, Alexander Cozens grandit dans l’ombre des chantiers navals de Saint-Pétersbourg, où il découvre l’art à travers des gravures hollandaises et les cartes marines. Il séjourne ensuite en Italie, où il s’immerge dans le paysage romain, nourrissant une vision idéaliste et poétique de la nature.
En 1746, il s’installe à Londres, devient professeur de dessin, publie plusieurs ouvrages didactiques, et forme des élèves prestigieux, jusqu’à sa mort en 1786.
Un manuel de dessin oublié puis redécouvert.
Son livre, intitulé A New Method of Assisting the Invention in Drawing Original Compositions of Landscape, paraît vers 1785-1786, juste avant sa mort.
Le manuel tombe ensuite dans l’oubli, avant d’être redécouvert dans les années 1920, notamment par les précurseurs du surréalisme.
Il est aujourd’hui reconnu comme l’un des premiers traités encourageant la création de paysages d’imagination, loin des vues réalistes ou des copies de maîtres.
Les citations clés d’Alexander Cozens
« Composer des paysages par invention, ce n’est pas l’art d’imiter la nature individuelle… c’est former une représentation artificielle du paysage sur les principes généraux de la nature. »
« La tache n’est pas un dessin mais un assemblage de formes accidentelles, d’après lesquelles on peut faire un dessin. C’est une indication, quelque chose qui ressemble grossièrement à l’effet d’ensemble d’une peinture, sauf pour l’accord et le coloris ; c’est-à-dire qu’elle donne une idée des masses de lumière et d’ombre, ainsi que des formes contenues dans une composition finie »
Composer un paysage plutôt que de copier la nature
Dès les premières lignes de son traité, l’artiste affirme une idée forte : composer un paysage, ce n’est pas imiter la nature telle qu’elle est, mais créer à partir d’elle.
Il ne s’agit pas de copier un endroit précis, mais d’extraire, combiner et sublimer les beautés dispersées dans la nature, pour les réunir dans une composition cohérente et expressive.
Cela demande selon lui trois qualités majeures :
- Une réserve d’idées originales dans lesquelles puiser.
- La capacité à lier et organiser ces idées.
- Une exécution rapide et fluide, pour ne pas perdre l’idée avant de la fixer.
Mais comment stimuler l’imagination, cultiver l’invention, et donner forme rapidement à une idée encore floue ?
C’est là qu’intervient la macule ou blotting en anglais.
La macule : donner forme au hasard
L’artiste raconte qu’un jour, en jouant avec un morceau de papier taché, il se rend compte que ces marques aléatoires lui inspirent un paysage.
Il développe alors une méthode : créer volontairement des taches à l’encre sur du papier, sans chercher de forme précise, puis interpréter ces masses sombres et claires pour en tirer un paysage.
Il nomme cette base chaotique une macule.
Ce n’est pas un dessin, mais un point de départ pour la création.
Grâce à ces formes brutes, l’artiste voit surgir des idées nouvelles, qu’il peut ensuite transformer en esquisse.
Une méthode d’invention déjà validée par Léonard de Vinci
L’inventeur de la macule découvre ensuite que Léonard de Vinci lui-même recommandait une pratique similaire.
Celui-ci conseillait au peintres de regarder « des murs souillés de beaucoup de taches, ou faits de pierres multicolores »
Il y verrait des batailles, des figures aux d’étranges visages,… « et une infinité de choses que tu pourras ramener à une forme nette et complète »
Toutefois, notre artiste du XVIIIe siècle va plus loin : la macule peut être créée à volonté, et non dépendre du hasard des murs ou des pierres.
Selon lui, cela fait de sa méthode une amélioration du précepte de Vinci.
Comment utiliser la macule pour développer sa créativité ?
- Maculer et créer des tâches : étalez rapidement de l’encre diluée sur du papier, en masses aléatoires, sans chercher à dessiner quoique ce soit de figuratif.
- Laisser sécher : vous obtenez une combinaison de zones sombres (l’encre) et claires (le papier).
- Interpréter : placez une feuille de papier transparent dessus et commencez à tracer une esquisse à partir des masses visibles, en donnant forme et cohérence aux volumes.
- Développer : travaillez les plans, la lumière, les formes, selon ce que les tâches vous inspirent.
La clé : ne pas trop anticiper, laisser l’œil et l’imagination réagir aux taches, et transformer ce chaos en image construite.
Pourquoi cette technique de la macule stimule la créativité ?
La macule est un outil puissant pour trois raisons :
- Elle révèle de nouvelles idées : chaque personne interprète différemment une même macule. Un artiste peut même en tirer plusieurs dessins, selon son humeur ou son regard.
- Elle libère la main : la pratique fréquente de la macule donne aisance et rapidité au geste.
- Elle aiguise le regard : elle apprend à voir les masses, les effets de lumière et d’ombre, plus que les détails, comme dans la nature.
Un tremplin vers le dessin d’après nature
Loin de détourner du réel, la macule prépare à dessiner d’après nature.
En s’exerçant à composer avec cette méthode, l’artiste apprend à :
- Choisir un bon sujet,
- Organiser les masses,
- Donner du caractère,
- Maîtriser l’harmonie, le contraste, la lumière.
Ainsi, la macule forme le regard et la main, rendant l’imitation de la nature plus facile. À l’inverse, celui qui copie trop la nature, sans exercer son imagination, aura du mal à inventer.
Faut-il du « talent » ou de l’expérience pour utiliser la méthode d’Alexander Cozens?
L’auteur répond clairement : non. La macule ne nécessite pas de « génie », mais elle aide, selon lui, à le cultiver.
Ce n’est pas une technique réservée aux virtuoses, mais un outil pour développer l’invention, même chez ceux qui débutent ou doutent de leur capacité à créer.
Liens utiles sur la méthode d’ Alexander Cozens
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Conclusion : une méthode à redécouvrir !
La macule est bien plus qu’un jeu avec l’encre.
C’est une philosophie du dessin : laisser une part au hasard, puis y réagir avec imagination, pour créer quelque chose d’unique.
Elle enseigne à voir l’essentiel, à capter l’effet général d’une scène, avant les détails.
Aujourd’hui encore, cette méthode peut inspirer tous les artistes — débutants ou confirmés — qui veulent libérer leur créativité et explorer la puissance de l’invention dans le dessin.
Tu veux tester cette méthode ? Pourquoi ne pas créer une macule aujourd’hui, et voir quel paysage en surgit ? 🎨